C’est un texte extri?mement et derangeant. Il nous reste parvenu Il existe dix semaines via l’adresse mail du journal.

Posted by on Sep 16, 2022 in rencontres-detenu app | Comments Off on C’est un texte extri?mement et derangeant. Il nous reste parvenu Il existe dix semaines via l’adresse mail du journal.

C’est un texte extri?mement et derangeant. Il nous reste parvenu Il existe dix semaines via l’adresse mail du journal.

«J’ai viole. Vous violez.

Nous violons» reste son titre. Des les premieres lignes, son auteur, dont nous ne donnerons ici que le prenom, Samuel, un etudiant de 20 annees, reconnait avoir viole son ex-copine, elle-meme a l’origine d’une vague de liberation de la parole a Sciences-Po Bordeaux. L’auteur decrit avec exactitude des determinants personnels, culturels et sociaux qui ont participe a la commission de son acte. Cela ne se justifie pas, ne s’autoflagelle gui?re, ne se defausse gui?re, il explique. Et expliquer n’est gui?re excuser. Dire qu’il donne le avis du violeur n’est que partiellement vrai. Sa reflexion vise a nous interpeller, a nous sortir de la zone de confort consistant a considerer que le violeur, le monstre, c’est l’autre. Une condition necessaire mais gui?re suffisante pour entrer de maniere plus eclairee dans le terrain d’la prevention du viol. Notre force intellectuelle, la fougue de ce propos pourront aussi susciter le rejet et jouer en sa defaveur. Mais c’est votre fera : il apporte du materiau humain a une question douloureuse, complexe et taboue.

Seulement voila. L’auteur de ce texte est aussi l’auteur du crime qu’il avoue de facon circonstanciee. Le diffuser pose une serie de problemes, ethiques, journalistiques et naturellement juridiques. D’abord, il ne va falloir nullement que la parole de l’agresseur invisibilise celle de sa victime. Eva Fonteneau, qui avait cosigne l’enquete dans Sciences-Po Bordeaux, contacte donc Alma, la victime. Claque qu’il reconnaisse le viol l’a soulagee, apaisee, lui a permis de mettre des mots sur le mal-etre. Elle donne le consentement pour que l’article de son agresseur soit publie. Nous lui demandons de bien prendre moyen de reflechir. L’article qui contextualisera et racontera leur histoire partira de son avis a elle, pas de celui de Samuel. Des notre premiere conversation telephonique avec votre soir nous lui rappelons qu’en publiant ce propos, il s’expose a des poursuites, le viol etant puni d’une peine pouvant aller jusqu’a vingt annees de reclusion. Cela en reste conscient, mais nous lui demandons aussi de prendre quelques temps pour y reflechir. Nous lui envoyons un mail lui expliquant que nous allons proceder a l’anonymisation de sa lettre. Mais si «les autorites judiciaires se saisissaient de ce dossier, nous serions pour notre part contraints de respecter la loi qui, en l’espece, nous oblige de leur communiquer la identite si elle nous etait demandee». Pour Liberation, il n’est nullement moralement defendable d’invoquer le secret des sources dans ce cas precis. Samuel parle alors longuement de sa demarche avec sa famille qui finit via se ranger a son avis. De son cote, Alma, avec qui nous sommes en lien permanent, nous informe que lorsqu’elle va i?tre prete, elle portera plainte.

Matthieu Ecoiffier

«Le commentaire “viol” etait ecrit noir sur blanc»

J’ai viole. Vous violez. Nous violons

Notre viol a votre capacite a s’immiscer precisement la ou l’on s’y attend le moins. Il y a un an et demi, j’ai viole Melanie. Le reconnaitre est certainement aussi important que de l’ecrire. Expliquer les realises, recontextualiser ne va i?tre nullement le but de une telle lettre. Notre viol que j’ai fait est si»rement d’une banalite extreme et dangereuse. Notre singularite une situation doit donc etre ignoree. Le viol n’a aucune contexte. Cela a des explications tout au plus. Le propos que je vais tenir reste delicat puisqu’il ne sera entendu qu’a travers le prisme que tous a du viol et site de rencontres pour d?©tenus c?©libataires de celui qui le commet. Le violeur attise le degout, la haine et J’ai rage. Il y a plusieurs mois, j’aurais probablement deteste la personne qui est pas loin d’ecrire ces mots. Tout ceci est commun.

Une relation

Ma relation avec i§a etait passionnelle, sans limites ni garde-fou, extreme. Exactement votre que j’aimais. L’intensite qu’elle me procurait me faisait limite oublier mes ri?ves plate et monotone. Si l’un de nous deux proposait de nouvelles bandes blanches a ne pas franchir, il etait immediatement moque. Et on aimait ca. L’exclusivite et la complexite de ce duo rendaient vaine toute critique a le egard. Nous construisions l’illusion d’une objectivite qui possi?de invisibilise les pires actes, dont ce viol fera part. Un «jeu de roles» que Je visite malsain a pu naitre : celui de celle qui fait semblant de ne point avoir envie, et de l’autre qui est violent et qui ne l’est jamais trop. Cela fallait tout essayer, tout eprouver, sinon notre relation perdait le essence. Les seules limites qu’on decouvrait etaient les destructions mutuelles, meme si aucune lecon n’en etait tiree.